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UN PIANISTE RARE, UN INTERPRÈTE VISIONNAIRE

MARDI 08.05.18 à 19h30

Salle: Grand Salon De Concert!, Debout

Artiste: Bernard Lemmens

Infos & réservations: http://botanique.be/fr/activite/bernard-lemmens-080518

Organisation: BOTANIQUE

Oeuvres de Frédéric CHOPIN (1810 – 1849), Franz LISZT (1811 - 1886), Kaikhosru Shapurji SORABJI (1892 - 1988), Boris GOLTZ (1913 - 1942), Lera AUERBACH (1973), musiques pour piano de compositeurs arméniens (Edward BADGASARIAN (1922- 1987), - Robert ANDREASIAN (1913 – 1986)...

Rendez-vous aux Nuits 2018 pour une rencontre rare avec cet interprète visionnaire !

Une critique à la hauteur de son talent par François Mardirossian « Chroniques du piano » (novembre 2017):

Si l’on devait ne retenir qu’un seul pianiste en Belgique ce serait sûrement Bernard Lemmens. À près de soixante-huit ans, Bernard Lemmens jouit d’une aura incroyable en Belgique et ailleurs, il est parvenu à un statut de légende que bon nombre de pianistes lui envient. Être une légende vivante est une place à part quand on est musicien ; il faut se faire discret et parsemer sa carrière de peu de concerts et les rendre inoubliables. C’est ce qu’a fait encore hier soir Bernard Lemmens dans la petite salle intimiste de la Maison Communale d’Uccle dans le cadre des concerts de Botanique. Il est très difficile de rendre compte avec des mots un concert de cet acabit. On plonge littéralement dans une autre époque et l’on doit oublier tous nos critères communs de jugement. Tout chez ce pianiste sort du lot. Son attitude, son répertoire, sa façon d’appréhender le clavier, sa musique et son rapport avec le public.

Le programme choisi laissait une grande place à la musique arménienne et c’est un plaisir de voir un non-arménien défendre cette musique avec autant de conviction et d’intensité. Bien souvent cette musique est la chasse gardée des musiciens arméniens qui ont à coeur de faire connaître ce répertoire. Bernard Lemmens l’aborde avec autant d’amour et de force que Chopin ou Liszt. J’éviterai de faire un compte rendu chronologique de ce concert tant les idées se bousculent en moi et tant le ressenti est dur à transcrire. Le recul n’y changera rien. J’essaierai - peut-être en vain - de comprendre ce que ce pianiste a de si fascinant.

Bernard Lemmens arrive au piano simplement et ne fait pas de chichis, il attrape la musique au passage et nous la jette brutalement au visage sans nous préparer à toutes ces beautés qu’il nous livrera. Il suffit de quelques notes, accords et inflexions pour saisir qu’on n’assistera pas à un concert normal. Plus personne ne joue comme ça aujourd’hui et d’emblée Vladimir Horowitz, le génie russe nous revient en mémoire.

Cette façon d’attaquer si souplement le clavier et de le faire sonner comme si le piano était trafiqué. Des basses profondes à vous fendre le coeur et une science stupéfiante des voix internes. Lemmens n’est pas là pour nous montrer son originalité en soulignant tel contre-chant ou telle voix subsidiaire, non, il joue simplement le texte et sur-ligne ce qu’il faut pour rendre la pièce vivante et la faire entendre comme si c’était la première fois. L’Élégie de Babadjanian, oeuvre bouleversante, sonnait vraiment comme une élégie ;  une souffrance de coeur et une plainte de la mort. Bien évidemment Bernard Lermmens prend quelques libertés avec le texte notamment dans la Vallée d’Obermann (avec l’approbation posthume d’Horowitz) mais quand c’est au service de l’essence même de la musique ça n’est que surplus de beauté et c’est un véritable délice.

Le pianiste d’aujourd’hui voue un amour farouche à la vérité de la partition et cherche au maximum, en permanence la justesse historique. Bernard Lemmens est au dessus de ça ; il a compris de la tête au pied les oeuvres qu’il joue et semble aller au-delà de ce qu’une simple partition retranscrit. Il vise juste et le mot interprète prend alors tout son sens. Le goût de Lemmens est parfait et ne va jamais hors contexte. Lemmens, comme Cortot, Samson François, Horowitz ou Richter est une personnalité flamboyante qui ne peut s’empêcher d’être lui quand il joue autrui. 

Il déborde de bonnes intuitions et d’intelligence. C’est un artiste avant tout. Il est bon d’entendre des pianistes avec une telle personnalité, un charisme foudroyant et une modestie intimidante.  On peut entendre sur l’internet plusieurs enregistrements de Lemmens, que ce soit dans Liszt, Jolivet ou Prokofiev. C’est tout simplement phénoménal et unique. Mais en direct, à quelques mètres de lui on s’imagine très bien être à la place d’un auditeur entendant Horowitz au Carnegie Hall ou Richter à la Grande Salle de Moscou. On en sort sonné et on ne sait trop comment décrire ce que l’on vient d’entendre. Et à vrai dire, tant mieux.

Le secret de Lemmens est qu’il n’y en a pas. Le travail, l’abnégation et le don total à la musique font ce résultat. Évidemment, le regret est de ne pas l’entendre plus souvent en Belgique ou même ailleurs mais en y réfléchissant, un artiste de cette trempe se mérite et se patiente. Seuls les initiés peuvent comprendre et le connaître. Écouter Lemmens en vrai c’est déjà démontrer d’un intérêt particulier en dehors des programmations plus classiques et star-system. Quand rejouera-t-il ? Lui seul le sait. Ce qu’il donne au public se mûrit et un seul de ses concerts peut nourrir un artiste toute une vie. Ce fut le cas pour bon nombre d’entre nous ce soir-là. Rien que pour cela, merci Bernard Lemmens.