Le Figaro - Par  Pierre Avril - 01/10/2018    

De notre correspondant à Moscou

La mort d'Aznavour suscite un torrent d'hommages en Arménie, où les artistes et hommes politiques rivalisent de superlatifs pour saluer la mémoire du chanteur. «C'est un jour sombre pour le peuple arménien et pour l'Arménie», a aussitôt déclaré le Premier ministre Nikol Pachinian qui voit en lui un «héros national».

Le chef du gouvernement arménien, qui est arrivé au pouvoir cette année à la faveur d'une révolution pacifique, a rappelé que le chanteur et comédien même s'il est né en France, est «l'un des fils les plus prodigieux du peuple arménien, à la fois 100 % français et 100 % arménien».

Né Charles Varenagh Aznavourian, Charles Aznavour s'était notamment mobilisé pour son pays de cœur au moment du tremblement de terre de décembre 1998 qui avait dévasté le nord du pays et fait 25.000 morts dans la seule ville de Spitak. Peu après il avait été nommé ambassadeur permanent en Arménie par l'Unesco.

Une place porte son nom en plein centre de la capitale Erevan et une statue le représente également dans la deuxième ville du pays, Gyumri. A Stepanakert, haut lieu du nationalisme arménien, sa mort représente une «perte irremplaçable», a réagi le représentant du Nagorny Karabakh, David Babayan, une république non reconnue par la communauté internationale, contrôlée par Erevan mais dont l'Azerbaïdjan voisin revendique également la propriété. Pour sa part, le président du groupe d'amitié France Arménie au parlement national, Armen Roustamian, s'est déclaré «persuadé que le nom de Charles Aznavour fait de lettres d'or sera inscrit dans l'histoire de l'humanité».

«Nous sommes littéralement orphelins», écrit la voix de l'Arménie. «Son esprit, sa manière de se tenir, sa plastique, déclenchaient un flot d'enthousiasme, engendraient un sentiment paradoxal de joie et de peine», ajoute sa chroniqueuse, Natalia Gomtsiane. «Ses chansons nous accompagnaient partout, elles sortaient des fenêtres des maisons, des taxis»…