Charles Aznavour, mon oncle d'Arménie

FIGAROVOX/TEMOIGNAGE - Par  Jean-Baptiste Semerdjian - 02/10/2018

Charles Aznavour était un géant de la chanson française et un trait d'union pour la diaspora arménienne du monde entier, un membre de la famille à part entière. Charles Aznavour rendait la vie plus simple.

Quand on a un nom qui finit en -ian, il y a comme une valeur symbolique qui vous poursuit, qui colle aux basques. Juste trois petites lettres. Ce -ian, qui signifie «fils de…» en arménien, saute aux yeux, intrigue. Si l'interlocuteur est éclairé, il réagit, comme s'il avait trouvé un diamant. «Un Arménien!» Que faire? Clamer ses origines, aussi lointaines qu'elles soient? Plomber l'ambiance en parlant des atrocités du génocide? Féliciter l'interlocuteur d'avoir identifié ce que l'on sait depuis toujours? Hocher la tête simplement en se demandant si c'est une bonne nouvelle, ou pas.

Il suffisait de répondre : « Oui, Arménien comme Aznavour »

Jusqu'à ce premier jour d'octobre, et encore plus maintenant, il y avait un stratagème, une diversion. La tactique dite d'Aznavour! Il suffisait de répondre: «Oui, Arménien comme Aznavour». Alors, l'interlocuteur avait les yeux qui brillaient. Un ange caucasien passait. Ce n'était pas la flûte traditionnelle arménienne, le duduk, qui résonnait, mais bien les bons mots, les douces mélodies de Charles Aznavour.

Le nostalgique «Hier encore», l'engagé «Comme ils disent», l'impertinent «Emmenez-moi» ou encore la fabuleuse «Bohème» flottaient là. Il n'y avait plus d'origine lointaine déterrée. Seule la musique faisait foi, faisait société. La musique, son art, ce trait d'union planétaire, qu'Aznavour maniait avec brio. Certes, il fabriqua des souvenirs mélodieux pour trois générations. Mais, il fut aussi un passeur de culture qui faisait de lui une fierté pour tous les Arméniens du monde entier. À Gumri, ville arménienne gravement endeuillée par un séisme en 1988, le chanteur trône même en statue et rassure aussi les membres de la diaspora qui visitent, en simples touristes, un pays qu'ils ne connaissent pas vraiment.

Le 1er octobre, il n'y eut pas une maison avec ce -ian affiché sur la boîte aux lettres où quelques larmes ne furent versées sur ses vers chantés. .

Dans ces maisons toujours, les plus âgés se rappelèrent un souvenir, un titre, une photo de l'artiste. D'autres, se regardèrent dans le miroir à la recherche d'un trait, d'un regard en commun. Charles Aznavour était comme un membre éloigné de la famille. Cet oncle lointain dont tous les descendants de peuples décimés ont à travers le monde, éparpillés par les soubresauts de l'Histoire. Il y a l'oncle éloigné d'Amérique comme il y avait Charles Aznavour. Un oncle dont on est fier. Il était le plus français des Arméniens. Il était le plus connu des Arméniens, avec un nom d'artiste qui ne finissait même pas par -ian.

L'auteur, Jean-Baptiste Semerdjian, est journaliste au Figaro.

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HAYDOUN en Fête ! CONCERT de Harutyun CHKOLYAN pour l'Anniversaire de l'Indépendance de l'Arménie - 21/09
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25 Oct
CONCERT: TSIRANI ENSEMBLE (Armenia) - 25/10
Date 25.10.2019 20:00

Vendredi 25 octobre 2019 de 20:00 à 23:00
Organisé par Muziekpublique - muziekpublique.be
Théâtre Molière - Galerie de la Porte de Namur, 3 Square du Bastion, 1050 Bruxelles

Tsirani Ensemble :
Georgy Minasyan: duduk, shvi
Davit Avagyan: tar
Mariam Mirzoyan: oud
Gor Ghalmukhyan: percussion
Artak Asatryan: solo duduk, artistic direction


Info & tickets NL: https://bit.ly/2ZN0KMu
Info & billets FR: https://bit.ly/2OOU8wb
https://fr-fr.facebook.com/events/471868860272278/

En Arménie, les abricotiers poussent dans la vallée de l’Ararat et au pied des montagnes adjacentes. Le fruit à la peau feutrée est donc présent dans de nombreux aspects de la vie arménienne : Il y a plusieurs siècles, les rois arméniens portaient des robes couleur d’abricot, de grands compositeurs arméniens tels que Komitas et Ashough Djivani ont composé des chansons portant le titre « L’Abricotier » et ce n’est sans doute pas un hasard si le duduk, l’instrument national à anche double, est fabriqué à partir de bois d’abricot.

L’ensemble Tsirani, ou Ensemble de l’abricotier, a bien choisi son nom pour interpréter la musique et les chansons traditionnelles arméniennes dans toute leur diversité: ils reprennent des mélodies médiévales, la musique folklorique et celle des troubadours, des compositions de Komitas… Leur ensemble instrumental et vocal partage toute la palette de sons et d’émotions présentes dans la musique arménienne. A travers cette musique séculaire, nous goûtons la douceur des fruits, de la culture et de l’histoire arménienne.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=14&v=8fbchaE0EyI

20 Nov
CONCERT The NAGHASH Ensemble of Armenia - 20/11
Date 20.11.2019 20:00

The Naghash Ensemble en tournée en Europe avec « Songs of Exile »

« Trois brillantes chanteuses et quelques-uns des meilleurs musiciens d’Arménie au duduk, à l’oud, au dhôl et au piano. » ADK

Vendredi 20 novembre 2019 à 20h00

De Singel (Blauwe zaal), Desguinlei 25. B 2018 Antwerpen

Tickets +32 (0)3 248 28 28 / Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

14 Déc
CONCERT Nara NOÏAN et Vardan HOVANISSIAN - 14/12
Date 14.12.2019 20:00

Nara Noïan & Vardan Hovanissian présente - « Oriental Express »

Un dialogue entre l’Orient et l’Occident.
Un espoir pour un monde meilleur, un monde sans peur.
“Oriental Express” est un cri du cœur, un appel à la Paix, à l’écoute de l’être humain.
C’est l'histoire d'une femme nomade à travers l’exile, l’amour, la passion, la rupture, la maternité, le voyage, la sensualité, la colère aussi.

Au programme, des compositions de Nara Noïan issues de ses 7 albums : « Bradyaga », « Cristal », «Kino », « Oriental Express », «NR 5 » « Shadows & Lights », « Les regrets inutiles » et des musiques traditionnelles russes et arméniennes.
« Oriental Express » est le fruit d’une vie de Nara Noïan, artiste française, née « Anna-Naïra Pavlovna Mnoian » à Erevan, en république soviétique d’Arménie, et immigrée en France en 1990, juste avant la chute de l’Union Soviétique.
Elle rencontre en Belgique Vardan Hovanissian grace au groupe « Arax » fondé par Tigran Ter-Stepanian.
Une grande complicité et amitié s’installe entre Vardan, Tigan et Nara. Ils collaborent ensembles depuis 2007.
Musiques de paix, vagabondes, joyeuses, sensuelles et mélancoliques parfois.
L’univers personnel développé dans ses compositions donne envie de prendre la route, de se perdre dans les confins du rêve et de l’inconscient et d’être transporté, aux sons du duduk, shvi, clarinette, de piano et de la voix sur les sentiers de son exil.
Un spectacle très féminin et humaniste, tout en émotion, grâce, élégance, joie, engagement, douceur, avec de l’humour et de la séduction.