Massacre des Arméniens : Le devoir de mémoire selon le cardinal Sandri

RADIO VATICAN 13/03/2015 

Il est ahurissant que certains soient aujourd’hui encore incapables de parler avec objectivité du massacre des Arméniens commis il y a un siècle en Turquie. C’est l’un des plus proches collaborateurs du Pape François qui l’a affirmé jeudi soir à Rome. Le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, s’est exprimé à l’occasion d’une rencontre de réflexion organisée par l’Institut pontifical oriental de Rome à partir d’un ouvrage en sept volumes sur le massacre des Arméniens écrit par un jésuite belge le père Georges Ruyssen.

Ce livre rassemble les documents conservés dans les archives du Saint-Siège. On y retrouve notamment les efforts déployés le pape Benoît XV pour arrêter la main des bourreaux et offrir une aide aux rescapés. Les Arméniens l’appellent « Metz Yeghérn », autrement dit le Grand Mal : un million et demi de personnes furent massacrées, a rappelé le cardinal Sandri, évoquant les martyrs arméniens, mais aussi chaldéens et assyriens, victimes d’atrocités et de barbarie.

Benoît XV eut le courage d’élever sa voix et de secouer les consciences des puissants. Mais la plupart gardèrent le silence. Sans citer explicitement la Turquie, ni aucun autre pays, le cardinal Sandri a déploré les silences actuels alors que le devoir de mémoire est une démarche incontournable si on veut parvenir à la réconciliation dans la vérité et la justice. Nous sommes ici pour accomplir un acte académique, a-t-il ajouté, mais aussi pour poser un geste chrétien de justice et de piété.

Le 12 avril, en la fête de la Divine miséricorde, le Pape François présidera une célébration eucharistique avec les fidèles arméniens. L'abus du nom de Dieu pour justifier les violences Selon le préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, il faut se préparer à cet événement dans la vérité. Et à l’heure où des disciples du Christ endurent de terribles épreuves et vivent dans l’angoisse de la violence au Moyen-Orient, le cardinal Sandri a appelé les fidèles à crier vers Dieu pour qu’Il éveille en nous Sa présence et que le pouvoir qu’Il a déposé dans nos cœurs ne soit pas étouffé par la boue de l’égoïsme, de la peur, de l’indifférence et de l’opportunisme.

Citant les paroles prononcées par Benoît XVI à Auschwitz, le préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales a dénoncé d’une part l’abus du nom de Dieu pour justifier la violence aveugle exercée contre des personnes innocentes et de l’autre, le cynisme de ceux qui ne connaissent pas Dieu et qui raillent ceux qui croient en Lui. Il faut prier pour que les hommes comprennent que la violence produit la violence dans une spirale de destructions où tous sont perdants. A noter que la Congrégation pour les Eglises orientales et l’Institut pontifical oriental ont été fondés en 1917 par Benoît XV, ce même pape qui deux ans auparavant était intervenu inutilement auprès des autorités ottomanes pour tenter de bloquer les déportations et le massacre des Arméniens.