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En 1922 quelques familles d’origine arménienne, rescapées du génocide de 1915, résidant en Belgique décidèrent de se doter de statuts afin d’organiser la vie communautaire et  de tracer des lignes de conduite permettant de préserver leur identité tout en veillant à une intégration harmonieuse dans la société belge. Depuis cette date une Assemblée de Représentants  élue tous les 4 ans désigne un comité exécutif : le  Comité des Arméniens de Belgique. En savoir plus..

Il y a 94 ans, fait sans précédent, un gouvernement, le gouvernement Jeune-turc, un gouvernement s’inspirant des Lumières, a froidement exterminé un peuple. 1.500.00 morts. Les provinces arméniennes de l’Empire ottoman sont vidées de leurs habitants. Le pouvoir craignait une partition du pays sous la pression des grandes puissances. Il a cru éliminer dans le sang ce risque politique. Ainsi la Turquie a-t-elle apporté à la civilisation un coup mortel en inventant une forme de crime contre l’humanité qui, après la Shoa, sera baptisée « génocide. »
 
C’est le 24 avril 1915 qu’a été donné le coup d’envoi et il ne fallut pas plus d’un mois pour que les pays alliés condamnent, non pas l’Empire ottoman, mais une  Turquie ultranationaliste qui perçait déjà sous l’écorce usée de la vieille monarchique  islamique. Une fois la guerre terminée, la sanction tomba. Un traité de paix retira l’Arménie des griffes de l’Etat criminel et lui accorda l’indépendance. Mais l’encre de ce traité n’était pas encore sèche que l’ordre des priorités changea et il ne fut jamais ratifié. L’Empire ottoman des Jeunes-Turcs en profita pour se relever, pour reprendre le contrôle du territoire…et la chasse aux Arméniens sous la direction du général  Mustafa Kemal. Oubliée la menace internationale des foudres de la Justice lancée en 1915 aux dirigeants turcs. Oubliées les victimes. Punir le génocide n’était plus à l’ordre du jour. L’Europe était épuisée par la guerre et la Jeune-Turquie devenait un rempart contre les Soviets.  Le risque de nouvelles pertes territoriales était écarté. En position de force, le général Kemal aurait pu offrir de réparer les torts causés, d’indemniser les victimes et repartir les mains presque propres. Mais non, renoncer au génocide et à son butin, il n’en était pas question. Alors, on fit mine d’abandonner l’Empire et de bâtir à sa place un Etat tout neuf, tout propre, une république de conception immaculée. Et pour tenter de cacher tout lien de filiation avec l’Etat criminel, Ataturk la déguisa et la grima. Jusque là l’Etat était dirigé au nom de Dieu ; il devient république laïque avec une constitution d’inspiration française. Jusque là, le Chrétien ne pouvait s’habiller comme le Musulman ; désormais le Turc portera le costume des Chrétiens d’Occident. La langue ottomane avait son alphabet propre ; désormais le turc s’écrira en lettres latines. Les femmes étaient les esclaves de leurs maris ; désormais elles seront citoyennes. Bref, la Jeune-Turquie singe habilement l’Occident pour mieux entrer dans ses grâces et protéger son impunité. Le stratagème réussira si bien à endormir le monde, que, lorsqu’Adolf Hitler décida de jeter ses tueurs sur la Pologne, il pouvait les rassurer par cette question : « Qui se souvient encore des Arméniens ? »

 

La Turquie a frappé à la porte de l’Europe, qui n’y voit que du feu. Pourtant, son déguisement a vieilli et ne trompe plus guère. Et ses nouvelles bottes sont encore tâchées de sang. Cette Turquie-là n’a pas sa place en Europe. C’est le sens de la résolution adoptée par le Parlement européen le 18 juin 1987. Une résolution qui, en reconnaissant le génocide des Arméniens, a mis fin à 70 ans d’un complaisant silence et rendu aux victimes un minimum de dignité. C’est aussi le bon sens. Toutefois, le Conseil européen et la Commission européenne restent sourds à la volonté du peuple et aveugles devant ce candidat qui n’a renoncé ni au génocide, ni à son vieux rêve impérial. Le cynisme de la société internationale et sa vénalité compromettent notre paix civile, importent des germes de haine et enflamment un patriotisme destructeur des fondements et valeurs de notre pays.

On se souvient des émeutes qui ont secoué les nuits de Saint-Josse ten-Noode en octobre 2007, de ces centaines de jeunes Turcs déferlant dans les rues, arrachant le drapeau américain de son ambassade, tabassant un journaliste, saccageant un café et se ruant sur son patron aux cris de « Tuez-le, c’est un arménien !»,  tout cela sous les yeux de policiers inertes. Me croirez-vous si je vous dis que la plainte de cet Arménien aujourd’hui ruiné vient d’être classée sans suite par le parquet ? Croyez-vous que les rescapés du génocide généreusement accueillis par la Belgique pouvaient imaginer qu’un jour leurs enfants ou petits-enfants connaîtraient la crainte du pogrom et qu’un jour la Belgique donnerait du « Monsieur le Ministre »  à un négationniste ? 

Il est temps de nous ressaisir, d’ouvrir les yeux sur le véritable racisme, sur cette haine d’importation qui nous menace tous, sur le danger de la démission communautariste et de l’angélisme dominant, qui, au lieu de susciter la gratitude, inspire au contraire le mépris. Ayons confiance en nous, soyons forts ! C’est grâce à cette fermeté qu’aujourd’hui, en Turquie, des langues osent se délier et braver le dogme négationniste.  Avec leurs sœurs et frères Juifs et Tutsi, les Arméniens portent la mémoire de ceux qui sont revenus d’entre les morts, de ceux qui ont vécu l’envers de l’Humanité, qui, plus que quiconque, en connaissent le prix et seront toujours les premiers à sonner l’alarme, si elle court un danger.

Ensemble, ils le demandent sans relâche :

-         Qu’il soit mis fin à l’impunité des génocidaires Hutus, qui courent encore librement nos rues et terrorisent les rescapés du génocide de 1994.

-         Que l’histoire des trois génocides soit enseignée dans nos écoles, afin que celles-ci puissent former de bons citoyens,

-         Que le négationnisme n’ait plus droit de cité, qu’il s’en prenne aux Juifs, aux Tutsi ou aux Arméniens, La nécessité de ces mesures saute aux yeux. Nul n’en disconvient d’ailleurs, mais nos responsables tergiversent. Alors, le 7 juin prochain, à l’électeur de donner l’impulsion vitale et le signal du redressement. 

 

Michel Mahmourian

Président du Comité des Arméniens de Belgique