La Mission permanente arménienne à l’ONU évoque le 5e anniversaire de la destruction de Djougha

La Mission permanente de la République d’Arménie auprès de l’ONU à New York, en collaboration avec l’Association Culturelle Hamazkayin (Côté Est), vient de sortir un appel en relation au 5e anniversaire de la destruction du complexe monumental de Djougha, au Nakhitchévan, achevée par l’armée azerbaidjanaise entre le 14 et le 16 décembre 2005.

Le dossier, envoyé le 9 décembre 2010 par l’Ambassadeur à l’ONU, S.E. Karen Narzaryan, à plus de 170 missions représentées au siège onusien de New York, contenait une copie du livre « The Destruction of Jugha and the entire Armenian Cultural Heritage in Nakhijevan », présenté le 17 octobre 2006 au Directeur général de l’UNESCO par une délégation internationale dirigée par le Groupe parlementaire Suisse-Arménie et réimprimé pour l’occasion.

À l’époque, une dizaine de députés de sept différents Pays, dont la Suisse, la France, le Canada, l’Angleterre, la Grèce la Belgique et la Fédération de Russie avaient soussigné un mémorandum demandant la condamnation de l’Azerbadjian pour ce crime contre l’humanité ainsi que son exclusion de l’organisation internationale dans le cas ou Bakou n’avait pas accepté de reconnaître cet ethnocide et n’acceptait pas d’inverser sa logique de haine à l’encontre des Arméniens avec des mesures concrètes proposées dans le mémorandum. Ca aurait été le début d’un parcours qui aurait sorti l’Azerbaidjian de sa logique empruntée à la destruction, hérité de l’époque soviétique avec une politique vouée à l’épuration ethnique, conduite avec succès dans le Nakhitchévan mais ayant échoué au Karabakh. Pour des raisons d’opportunisme politique, quoique devant des preuves incontournables, l’UNESCO et son Directeur général de l’époque n’avaient pas jugé nécessaire de donner suite à cette dénonciation, ce qu’avait suscité un scandale. Le livre contient, entre autres, des photos historiques et modernes de la nécropole, ainsi que des articles écrits par des spécialistes, en français et en anglais, illustrant la signification artistique et culturelle de Djougha, un témoignage oculaire de l’historien de l’art écossais, M. Steven Sim, et un CD-ROM avec la version électronique de la documentation ainsi que le court-métrage « The New Tears of Araxes » de Simon Maghakian, démontrant visuellement la destruction du complexe archéologique et artistique.

Sarkis Shahinian

UN GÉNOCIDE CULTUREL

Quelques mois avant le lancement de l’ « Année de l’Arménie », célébrée par la République française, a précédé ce qu’on appelle un Génocide culturel (ou ethnocide) : l’élimination systématique, par l’armée azérie, de plus de 3000 tombes du site médiéval arménien de Julfa (Djougha en arménien) situé dans l’enclave de la République autonome du Nakhitchévan, territoire de 5500 km2 encastré entre l’Arménie, l’Iran et la Turquie. Anciennement province arménienne, annexée par la Russie en 1826, elle a été cédée par la Russie soviétique à l’Azerbaïdjan par le Traité de Moscou du 16 mars 1921 signé entre la RSS et la Turquie. Un accord allant à l’encontre totale du Droit international.

De 1918 à 1920, le Nakhitchévan se situait à l’intérieur des frontières de la première République d’Arménie.

Dès 1919, les turco-azéris programment un très important nettoyage ethnique de la population arménienne et de sa culture afin de réaliser une jonction entre la Turquie et l’Azerbaïdjan en faisant disparaître ainsi toute trace arménienne de la région. Ces destructions font partie intégrante du Génocide des Arméniens. Le saccage du site archéologique a débuté en 1903 pour permettre la construction de la section du réseau ferré reliant Djougha à Hamadan (Iran). Ainsi déjà, près de 6000 Khatchkars (1) furent pulvérisés par les Russes. En 1998 et 2002 l’armée Azérie reprend la destruction dans l’indifférence générale alors que des ONG, associations de la diaspora et gouvernement arménien réunis alertaient l’UNESCO depuis plusieurs mois. En quelques semaines (décembre 2005), ce qui restait du prestigieux trésor, patrimoine culturel arménien, devient un champ de tir et d’entraînement de l’armée azérie. En fait, une zone militaire, aujourd’hui interdite.

Bien qu’étant signataire de la Convention sur la protection du Patrimoine Mondial (1993), cela n’a pas arrêté l’Azerbaïdjan dans sa détermination d’éradication de la mémoire arménienne, éliminant du même coup un véritable trésor archéologique, témoignage culturel de valeur inestimable.

Après le Génocide de 1915, cette profanation est vécue par les 7,8 millions d’arméniens de la planète comme une véritable déchirure d’avec son historique passé. La colère et l’indignation dominent devant le laxisme général, tandis que se perpétue au grand jour l’élimination de la civilisation arménienne, de Turquie en Azerbaïdjan, dans un silence assourdissant.

Le 23 janvier 2006, le député français François Rochebloine (UDF), rappelait dans son intervention au Conseil de l’Europe : [...] Nous apprenons par ailleurs que la destruction méthodique des khatchkars a repris dans le cimetière du Djougha, au sud du Nakhitchévan : on revoit les tombes profanées, les croix brisées, les débris évacués... Le mépris des droits de l’homme et l’insulte à la mémoire se conjuguent ainsi en un sombre tableau qui nous ramène fâcheusement à de tristes périodes de notre histoire contemporaine.

Parmi les doléances contenues dans le Mémorandum remis à l’UNESCO figure l’option de radiation de l’Azerbaïdjan à l’organisation UNESCO jusqu’à application de toutes les recommandations y figurant.

En outre, la délégation s’exprimera lors d’une Conférence de Presse consécutive à l’audition accordée par l’UNESCO, dès 16h10, aux « Salons 113 », 113 avenue de la Bourdonnais 75007.

Jean Eckian

(1) Khatchkar : littéralement « Croix en pierre », stèles typiques de l’art arménien.

Finement ciselés, leur apparence laisse à penser à de la dentelle. Les premiers Khatchkars apparaissent au IXè siècle. Le cimetière de Jougha se départageait en trois secteurs. Le premièr secteur regroupait les tombes couvrant la période allant du IXè au XIIIè siècle, le second secteur, les XIVè et XVè siècle et le troisième, le XVIè siècle jusqu’en 1605, pour une superficie totale de 1600m2.

 

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