Les politiques peuvent-ils « dire l’histoire » ? « Il ne s’agit que de maintenir la paix civile »

Questions à François Roelants du Vivier, Sénateur honoraire (FDF)

Vous êtes l’auteur d’une proposition de loi, déposée en 2006, réprimant la négation d’un crime de génocide dans lequel le génocide arménien est explicitement cité. Qu’est-elle devenue ?

Elle n’est nulle part. La question a été encommissionnée par Laurette Onkelinx, à l’époque ministre de la Justice. Nous étions à quelques encablures des élections communales, je crois qu’elle avait des arrière-pensées par rapport à l’électorat de Schaerbeek. J’avais pourtant espéré que le PS évolue dans le bon sens puisque c’est Philippe Mahoux qui avait été à l’origine de la résolution du Sénat qui avait reconnu le génocide arménien en 1998. Ce qui n’a pas une valeur de loi, mais le Sénat y manifestait l’existence du génocide arménien.

Votre proposition ne parlait pas que du génocide arménien.

En effet. Ce qu’on voulait, c’est qu’il y ait une pénalisation de la contestation des génocides. Pour échapper à la critique du : c’est bien gentil, mais génocide, qu’est-ce que ça veut dire ? On avait dit qu’il était important de pénaliser la négation, la minimisation grossière de génocides qui concernaient des concitoyens belges, puisqu’ils étaient attaqués moralement voire physiquement pour être des Juifs, des Arméniens, des Tutsis. On a cité nommément les trois génocides.

Votre idée était de dire l’histoire ?

Pas du tout. Les historiens peuvent être tranquilles et écrire l’Histoire comme ils veulent. C’est ici une question d’ordre public. Ce que nous disions, et qu’on continue à dire, c’est que la paix civile doit être protégée et ça c’est le devoir du politique. Celui-ci doit faire en sorte que des gens ne soient pas attaqués, brimés, vilipendés, tout simplement parce qu’ils sont Juifs, Arméniens ou Tutsis. Or – et on a pu le voir à travers une série d’événements – il y a eu des manifestations en Belgique où des Arméniens ont vu leur commerce voler en éclat voire leur personne battue parce qu’Arméniens. Comme ce fut le cas évidemment pour les Juifs et aussi pour les Tutsis. On a dialogué avec ces communautés.

Les Juifs disent souvent qu’il n’y a qu’un génocide, c’est la Shoah.

Il y a 20 ans, la communauté juive était en effet très opposée à ce qu’une loi englobe d’autres génocides que la Shoah, parce que la Shoah a un caractère exceptionnel. Mais elle a évolué. Et maintenant, il y a une délégation des communautés juive et tutsie au monument qui commémore le génocide arménien. Il y a eu accord entre ces trois communautés pour affirmer qu’il fallait une loi qui protège les victimes ou les descendants des victimes de ces génocides. On ne veut donc pas donner une vision officielle de l’Histoire. Ce débat-là n’est pas pertinent. Le débat pertinent, c’est : le politique doit faire en sorte de protéger ses concitoyens et maintenir la paix civile dans le pays.

Le vote français va-t-il ressortir votre proposition du placard ?

Nous espérons que le débat puisse reprendre en Belgique. Mais on se retrouve quelques années plus tard avec la même échéance communale. Ce qui ne simplifie pas les choses. On estime la communauté arménienne à 10- 30.000 personnes en Belgique et la turque à 150-200.000.

25 janvier 2012

Le Soir