Nouveau rassemblement à Liège de l'extrême droite turque

La section belge de la fédération internationale du MHP, le parti turc d'extrême droite (13 % aux dernières élections législatives), a tenu un meeting dans la Cité ardente. Comme dans d'autres villes de Belgique (Bruxelles, Charleroi, Genk...), Liège abrite une mouvance nationaliste et néofasciste active au sein de la communauté immigrée turque. Un sujet tabou qui crée à chaque fois la polémique.

Le dimanche 20 mai, à Liège, plus de 2.000 personnes ont assisté au  «12e Büyü kurultay»  (traduction : «grande convention» ou «grand congrès». ) de la Belçika Türk Federasyon (BTF, Fédération turque de Belgique), la branche belge du Milliyetçi Hareket Partisi (MHP). Ce «parti de l'action nationale» est une formation d'extrême droite très importante en Turquie. Troisième parti politique aux dernières élections législatives, en juin 2011, le MHP y a obtenu près de 13 % des voix et a fait élire 53 députés au Parlement national. Ce parti nationaliste de la droite radicale turque est surtout connu par le biais de son organisation militante, les Loups gris. Les actions violentes de ces derniers sont régulières contre leurs nombreux ennemis : la gauche révolutionnaire, les minorités culturelles et religieuses (kurdes, arméniennes, alaouites...) vivant en Turquie et dans la diaspora turque, les journalistes progressistes...

La tête d'affiche du rassemblement liégeois de ce 20 mai du Milliyetçi Hareket Partisi était Sayib Devlet Bahçeli, son président en personne. Présent dans le cadre d'une «tournée européenne» de son parti auprès de ses sections à l’étranger, son déplacement se faisait sous l'égide de feu Alparslan Türkes, le fondateur du MHP. La photo de celui-ci figurait en bonne place en haut de l'affiche du «12e Büyü kurultay», avec la mention : «Tu es dans notre coeur». Ce congrès de l'extrême droite turque immigrée s'est déroulé au Palais des Congrès de Liège, géré par l'intercommunale IGIL. Ce qui a accentué encore plus la polémique.

Fallait-il l'interdire ?

Le rassemblement liégeois de l'association écran du Parti de l'action nationale a suscité, une fois de plus, des remous auprès des partis politiques belges. A Liège, l'événement n'est pas passé inaperçu. Pouvait-on tolérer un meeting d'un mouvement néofasciste en Belgique ? Qui plus est dans un bâtiment public ? Fallait-il l'interdire ? Le cas échéant, sur quelle base juridique ? La liberté d'expression peut-elle être accordée à ceux qui sont accusés de vouloir la supprimer une fois qu'ils arriveraient au pouvoir ?

Le journal quotidien liégeois La Meuse (édité par le groupe Sudpresse), a interrogé le 23 mai dernier plusieurs personnalités politiques de la région. Pour le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer (PS), il aurait été extrêmement difficile d'interdire concrètement ce meeting. «Je n’ai été averti de cette manifestation que samedi après-midi. Annuler d’un jour à l’autre une manifestation de 2.000 personnes représentait un risque important pour l’ordre public», affirme-t-il à La Meuse. Il ajoute cependant que «le message était clair: en cas de dérapage, la manifestation devait immédiatement être interrompue. Ce qui ne fut finalement pas le cas».

Avis contraire pour la sénatrice Christine Defraigne (MR): «cet événement n'aurait tout simplement pas dû avoir lieu». «Est-il normal que des extrémistes, liés au MHP et aux Loups gris, s'expriment ? Je dis non», déclara dans les colonnes de La Meuse la cheffe de file des libéraux liégeois. Revenant sur un autre événement polémique qui s’est déroulé il y a quelques semaines dans la région liégeoise, Christine Defraigne précisera : «cela me fait directement penser au spectacle de Dieudonné à Herstal. Je ne comprends pas qu'on ait pu laisser faire ça comme ça» (Pour rappel, l'humoriste et politicien français avait tenu, lors de son dernier spectacle dans la région liégeoise, des propos racistes. Plusieurs plaintes ont été déposées, notamment par le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, et pourront donner prochainement lieu à l'ouverture d'un procès).

Même son de cloches, chez Ecolo. «Pour moi, c'est très clair: les infrastructures publiques ne peuvent pas servir à des partis politiques extrémistes, qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs. Tout ce qui touche à l'extrême droite, c'est non», affirmera Bénédicte Heindrichs, la cheffe de groupe des verts à la ville de Liège. Selon Michel Firket (CDH), le premier échevin liégeois: «Quelle que soit la communauté (NDLR : immigrée ou nationale), une manifestation annoncée comme étant culturelle ne peut pas servir de tribune à un parti politique. Et encore moins à un parti d'extrême droite». Pour sa part, le conseiller communal d'origine turque Mehmet Aydogdu (PS) précisera à propos de l'organisateur du meeting : «Le MHP doit être considéré comme un élément négatif pour nous tous, il n'a clairement pas sa place dans l'arène politique».

Deux poids, deux mesures ?

Ces déclarations sans nuances et courageuses d'hommes et de femmes politiques des quatre grands partis belges ne doivent, néanmoins, pas faire oublier que dans un passé récent ils ont tous, à l'exception d'Ecolo, d'une façon ou d'une autre eu des liens avec l'extrême droite turque (revoir les articles de RésistanceS.be référés dans la colonne de droite de cette présente page).

A ce propos, Manuel Abramowicz, le coordinateur de la rédaction de RésistanceS.be, également interviewé par le journal La Meuse, profitera de l'occasion pour rappeler «qu'il y a, dans le chef des autorités, deux poids deux mesures quant a la tolérance des activités de l'extrême droite. L'extrême droite belge est fermement combattue et ce, par quasiment tous les partis politique. Pour le reste... Pourtant si nous prenons ici l'exemple turc, les extrémistes existent et on les retrouve au sein de la communauté turque de Belgique».

Sur la présence du MHP en Belgique, le coordinateur de RésistanceS.be ajoutera que : «l'extrême droite turque existe à Bruxelles, dans le Limbourg, à Charleroi et à Liège. Elle est même très bien organisée. Mais il est souvent difficile de la déceler car elle se cache derrière des ASBL et des associations culturelles». Sa conclusion : «(pour la combattre), il faut donc rester vigilant».

Terrain de développement favorable

La manifestation massive à Liège du Parti de l'action nationale turque, de ce 20 mai, avait été précédée par la «Küçük Kurultay» (traduction: petite convention), le congrès annuel des Loups gris, en vue notamment d'élire leurs nouveaux dirigeants.

Cette Küçük Kurultay de l'organisation militante du MHP s'était alors déroulée six jours avant le rassemblement liégeois. Cette fois-ci à Verviers. Constat : la Belgique reste pour l'extrême droite de Turquie un terrain de développement favorable... 

 

Dépêche RésistanceS.be /S.H/ 23 mai 2012

Avec le soutien du média INFO-TURK