Indifférent aux critiques du Parlement européen pour l'affaire Safarov, le président Aliev persiste et signe

Communiqué de la Représentation du Haut-Karabagh en France

Le Parlement européen s'est finalement saisi de l'affaire Safarov dans une résolution votée le 13 septembre, qui condamne le pardon accordé par les autorités de Bakou à l'officier azéri qui avait tué à la hache en 2004 à Budapest un officier arménien, mais ménage curieusement la Hongrie, qui l'avait extradé le 31 août vers l'Azerbaïdjan. En Arménie, la réaction de l'UE a été jugée insuffisante à cause de son indulgence à l'égard de la Hongrie, avec laquelle Erevan a suspendu ses relations diplomatiques, d'autant que cet Etat européen était dans le collimateur de Bruxelles pour la dérive autoritaire de son premier ministre Victor Orban. Quant à l'Azerbaïdjan, il feint au mieux l'indifférence, dénonçant les "manipulations" arméniennes tandis que le président Aliev lance une offensive diplomatique.

Joignant quelque peu tardivement sa voix au concert international d'indignations provoqué par l'affaire Safarov, le Parlement européen réuni en session plénière le jeudi 13 septembre 2012 s'est finalement décidé à lui consacrer une résolution en demi-teinte, en accord avec la position affichée quelques jours avant par la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton. Comme celle-ci, les députés européens qui ont voté par 58 voix contre 13 et 5 abstentions cette résolution d'urgence "sur les cas de violation des droits de l'homme, de la démocratie et de l'État de droit", concentrent leurs critiques sur l'Azerbaïdjan, condamnant sans détour l'accueil triomphal fait par les autorités de Bakou à Ramil Safarov, mais ménagent la Hongrie, en évitant de lui reprocher officiellement l'extradition vers Bakou le 31 août de l'officier azéri, condamné pourtant à la prison à perpétuité par la justice hongroise en 2006 pour avoir décapité à la hache en février 2004 l'officier arménien Gurgen Markarian à Budapest, dans le cadre d'un stage de l'Otan. Bruxelles a en effet cautionné l'argumentaire de la Hongrie, selon lequel elle aurait été trompée par l'Azerbaïdjan, qui lui aurait assuré que Safarov continuerait à purger sa peine dans une prison azérie.

Dans sa résolution, le Parlement européen "dénonce l'accueil réservé en Azerbaïdjan au 'héros' Safarov ainsi que la décision de le promouvoir au grade de commandant et de lui verser huit ans d'arriérés de salaire à son arrivée" et se dit ainsi "préoccupé par l'exemple ainsi donné aux futures générations". L'assemblé de Strasbourg estime également que "même si la grâce présidentielle accordée à Ramil Safarov est conforme à la lettre de la convention sur le transfèrement des personnes condamnées, elle est contraire à l'esprit de cet accord international négocié pour permettre aux personnes qui ont été condamnées sur le territoire d'un État d'être transférées pour purger le restant de leur peine sur le territoire d'un autre État" et elle voit "dans la grâce présidentielle accordée à Ramil Safarov une violation des assurances diplomatiques que la demande azerbaïdjanaise de transfert fondée sur la convention sur le transfèrement des personnes condamnées entendait donner aux autorités hongroises". Mais ce n'est que durant les débats, que le gouvernement Orban a été critiqué, pour la légèreté avec laquelle il a agi en la matière.

L'Azerbaïdjan semble sourd au tollé international provoqué par l'affaire Safarov. Le président Aliev, dont le gouvernement saluait le « geste d'humanité », en l'espèce la grâce accordée au criminel à la hache, qui devrait d'ailleurs reprendre du service prochainement dans l'armée azérie après un congé « bien mérité », a repris l'offensive sur le terrain diplomatique. Il accueillait le 12 septembre le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, avec lequel il s'est rendu sur le site hautement sensible de Gabala, abritant une station militaire de radar héritée de l'époque soviétique, réaffirmant ainsi le soutien sans faille de la Turquie à l'Azerbaïdjan, y compris dans le domaine militaire. Le conflit du Haut-Karabagh a été au coeur des discussions, et M. Erdogan n'a pas manqué de réaffirmer le soutien de la Turquie à l'Azerbaïdjan dans ses efforts pour « récupérer les territoires azéris occupés » ; le premier ministre turc a été par ailleurs étonnamment discret sur l'affaire Safarov, dont la Turquie semble avoir voulu se tenir à l'écart depuis le début. Le 18 septembre, le président Aliev se trouvait à Paris pour participer à l'inauguration d'une nouvelle aile du musée du Louvre consacrée aux arts de l'Islam, dont il est l'un des mécènes. Il sera reçu discrètement à l'Elysée par le président François Hollande, qui le pressera d'œuvrer au rétablissement de la confiance avec l'Arménie en vue de progresser vers un règlement du conflit du Karabagh, mais la communauté arménienne de France, massivement mobilisée devant l'ambassade d'Azerbaïdjan à Paris, sera là pour rappeler l'attitude indigne de l'Azerbaïdjan.

De retour à Bakou, devant les diplomates azéris en poste à l'étranger réunis dans la capitale azérie du 21 au 23 septembre, M. Aliev a appelé à faire face à l'une des « plus graves menaces pesant sur son pays » : l' « action du lobby arménien à travers le monde ». « Le lobby arménien est notre plus grand ennemi. Je n'ai pas peur d'évoquer cette question car c'est une réalité, c'est une vérité. Nous devons toujours lutter contre ce lobby », aurait martelé le président azéri qui, quelques mois auparavant, avait déclaré que tout Arménien, où qu'il se trouve, est considéré comme l'ennemi public numéro un de l'Azerbaïdjan. Dans le même esprit, le ministère azéri des affaires étrangères dénonçait la « manipulation » par les Arméniens de l'affaire Safarov, et reprochait au Groupe de Minsk de l'OSCE de vouloir l'utiliser à son tour pour justifier le blocage du processus de paix au Karabagh.

Représentation du Haut-Karabagh en France